PHASMES

Texte de  Jean-Paul  GAVARD-PERRET sur les œuvres de l' artiste Odile ESCOLIER

L'autre, les autres, l'autre de soi, l'hôte de soi. Féminin ou masculin. Féminin et masculin. Alignés parfois comme des bouteilles vides. Dans l'espoir d'être vus. D'être bus. Malgré l'absence de liquide mais dans une peinture qui devient mécanique des fluides. Dans l'espoir aussi du retour ou dans la crainte de l'exil. Horizon blanc et bistre. Sur lequel, les silhouettes ne sont que poussière, sciure.
Odile Escolier offre ainsi un monde parcouru sans cesse par les mouvements convulsifs d'êtres qui se cherchent l'un l'autre en sondant leur origine. Sans cela ils n'auraient que l'apparence d'une dérision. Pourtant chercher pour eux n'est pas trouver. Souffler n'est pas jouer d'avance.

Les couples : chacun inaliénable à l'autre tant que le deuil du passé n'est pas venu. Et suivant leur état du moment ils ne peuvent qu'errer : dans le bleu, dans le blanc, dans l'ocre et parfois dans le rouge. Parfois. Mais pas souvent.

Les silhouettes - parfois à peine esquissées, parfois plus nettes - ne sont que phasmes. Dans la lueur du seuil, ils ne sont que nuée, nuée à peine déchirée. L'autre est-il le désiré ? le désirable ? Le dérisoire ? Le compagnon de déroute ou de voyage ? Attendre son regard. Son impossible regard comme veuf, impraticable, imprononçable.

Restent d'eux des miniatures végétales ou minérales. Leur rêve trouble et à peine esquissé du désir d'être. Certes quelque chose du rapport à l'autre insiste encore entre les quatre murailles du tableau. Mais c'est bien de la prison de l'être dont il est question malgré l'espoir grège d'un retour à l'éternel présent.